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Verdier
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Toutes les époques sont dégueulasses
Laure Murat
- Éditions Verdier
- La Petite Jaune
- 8 Mai 2025
- 9782378562533
Depuis quelques années, un malaise s'est installé dans la culture contemporaine. Ici on récrit des textes classiques ou certains best-sellers pour les purger du racisme et du sexisme, ailleurs on en appelle à une surenchère de contextualisations.
Et si la question qui sous-tend ce vaste débat était mal posée ? S'il s'agissait, dans bien des cas, d'argent et non d'éthique ? Et si la censure n'était pas du côté qu'on croit ? Et si les précautions prises à tout contextualiser produisaient à terme un effet pervers ?
À l'aide de quelques exemples, Laure Murat tente de rebattre les cartes d'une polémique qui, à force d'amplifier, brouille les vrais enjeux de la création et de sa dimension politique. -
Mahmoud ou la montée des eaux
Antoine Wauters
- Éditions Verdier
- Collection Jaune
- 26 Août 2021
- 9782378561123
Syrie.
Un vieil homme rame à bord d'une barque, seul au milieu d'une immense étendue d'eau. En dessous de lui, sa maison d'enfance, engloutie par le lac el-Assad, né de la construction du barrage de Tabqa, en 1973.
Fermant les yeux sur la guerre qui gronde, muni d'un masque et d'un tuba, il plonge - et c'est sa vie entière qu'il revoit, ses enfants au temps où ils n'étaient pas encore partis se battre, Sarah, sa femme folle amoureuse de poésie, la prison, son premier amour, sa soif de liberté. -
Le plus court chemin
Antoine Wauters
- Éditions Verdier
- Litterature Francaise
- 24 Août 2023
- 9782378561772
Que se passe-t-il lorsqu'un auteur, qui a beaucoup écrit sur l'enfance, remonte le fil d'argent de sa propre enfance ?
Le Plus Court Chemin est un hommage aux proches et la tentative de revisiter avec les mots ce vaste monde d'avant les mots : les êtres, les lieux, les sentiments et les sensations propres à cette époque sur le point de disparaître, les années d'avant la cassure, d'avant l'accélération générale qui suivra la chute du mur de Berlin.
Raconter l'existence dans les paysages infinis de la campagne wallonne, dire l'amour et le manque. Car écrire, c'est poursuivre un dialogue avec tout ce qui a cessé d'être visible. Par-delà la nostalgie. -
Paris 1931, l'Exposition Coloniale. Quelques jours avant l'inauguration officielle, empoisonnés ou victimes d'une nourriture inadaptée, tous les crocodiles du marigot meurent d'un coup.
Une solution est négociée par les organisateurs afin de remédier à la catastrophe. Le cirque Höffner de Francfort-sur-le-Main, qui souhaite renouveler l'intérêt du public allemand, veut bien prêter les siens, mais en échange d'autant de Canaques. Qu'à cela ne tienne !
Les « cannibales » seront expédiés.
Inspiré par ce fait authentique, le récit déroule l'intrigue sur fond du Paris des années trente - ses mentalités, l'univers étrange de l'Exposition - tout en mettant en perspective les révoltes qui devaient avoir lieu un demi-siècle plus tard en Nouvelle-Calédonie. -
«?L'accouplement est un cérémonial - s'il ne l'est pas c'est un travail de chien.?».
Au début des années soixante, un jeune homme est nommé instituteur dans un village du Périgord, le pays des grottes préhistoriques, entre Les Eyzies et Montignac.
Dense, tendu, plein de fulgurances et d'emportements le roman fait de cette terre l'espace à vif d'une quête amoureuse. Yvonne, la belle buraliste, porte en elle la brûlure du désir, tout le mystère de la différence des sexes - l'origine du monde. -
L'international des rivières
Camille de Toledo
- Éditions Verdier
- La Petite Jaune
- 5 Février 2026
- 9782378562830
Des entités naturelles s'arrachent petit à petit au monde des « objets » pour devenir des « sujets ». Nous sommes en 2030, des rivières, des lacs, des espèces végétales, animales, des phénomènes biophysiques comme les vagues, jusqu'à la Terre dans son entier, sont devenus des « personnes » dotées de « visages humains » et de « voix humaines » pour exprimer leurs besoins, leurs valeurs, leurs perspectives autres qu'humaines.
Dans ce « récit du futur », Camille de Toledo imagine les suites de ce qu'il a nommé le « soulèvement légal terrestre ». Comment une rivière, nommée L, avec l'aide de ses avocats, va pousser plus loin ce mouvement pour les droits de la nature. Après les premiers grands bouleversements, qui ont permis à des fleuves comme l'Atrato en Colombie ou la Whanganui en Nouvelle-Zélande d'être reconnus comme des entités vivantes, dotées de droits, les avocats de L déposent une requête surprenante devant le tribunal. Ils demandent la reconnaissance du « corps travailleur » de la rivière.
Cette discrète requête va déclencher des controverses, bousculer les plis de nos sociétés, et faire basculer les droits de la nature vers un droit social des entités naturelles exploitées. L, en s'affirmant comme un corps travailleur en lutte pour de meilleures conditions d'emploi, un droit de grève, et des contreparties sur les usages humains qui lui sont imposés, va produire une bifurcation de l'ensemble du système économique. C'est la naissance d'une économie politique terrestre qui nous est ici racontée. -
Au temps de ma colère
Camille de Toledo
- Éditions Verdier
- Littérature Française
- 21 Août 2025
- 9782378562571
Au temps de ma colère présente les deux âges d'une vie, en miroir, offrant une vue saisissante sur la fin du siècle dernier. D'un côté, il y a « l'enfant en colère » qui a vingt-cinq ans au début des années deux mille et s'apprête à publier son premier livre, un essai sur la chute du mur de Berlin et les récits qui s'imposaient alors. De l'autre, le narrateur qui, des années plus tard, revient sur la rage de ce gamin qu'il cherche à mieux comprendre : de quoi était-il conscient, qu'est-ce qu'il ignorait, et que voulait-il cacher ?
Au-delà des haines et des ressentiments, par-delà la colère, ce récit est celui d'une réconciliation, qui donne ultimement une clef de compréhension d'un parcours noué à l'Histoire jusque dans l'intime : derrière la mère de pouvoir, l'existence d'une autre mère est révélée, une « mère-maison » à laquelle l'ouvrage rend un bouleversant hommage.
Après Thésée, sa vie nouvelle, Camille de Toledo, entre documentaire et fiction, texte et images, poursuit sa quête d'une autre vision du passé, du présent et de l'avenir. -
Léonor a quatre ans lorsque son père, le peintre Félix de Récondo, lui raconte l'exil d'Espagne en 1936 ; il avait quatre ans lui aussi, et fuyait avec sa mère et ses frères la guerre civile et les franquistes.
En 2015, à la mort de son père, la question de la nationalité espagnole surgit, alors que la violoniste se mue en écrivaine : lui suffirait-il d'entreprendre les démarches, longues, pénibles, pour panser par le droit le sens de la filiation ?
Habitée par les images de Goya (Les Désastres de la guerre) et celles de son père, qui y font écho (Prison), Léonor de Récondo lit et relie les mots et les souvenirs, l'art, la littérature et l'histoire. Entre la musicienne et le peintre, une mémoire, enfouie, trouée, se fait jour. -
"Car un laque décoré à la poudre d'or n'est pas fait pour être embrassé d'un seul coup d'oeil dans un endroit illuminé, mais pour être deviné dans un lieu obscur, dans une lueur diffuse qui, par instants, en révèle l'un ou l'autre détail, de telle sorte que, la majeure partie de son décor somptueux constamment caché dans l'ombre, il suscite des résonances inexprimables.
De plus, la brillance de sa surface étincelante reflète, quand il est placé dans un lieu obscur, l'agitation de la flamme du luminaire, décelant ainsi le moindre courant d'air qui traverse de temps à autre la pièce la plus calme, et discrètement incite l'homme à la rêverie. N'étaient les objets de laque dans l'espace ombreux, ce monde de rêve à l'incertaine clarté que sécrètent chandelles ou lampes à huile, ce battement du pouls de la nuit que sont les clignotements de la flamme, perdraient à coup sûr une bonne part de leur fascination.
Ainsi que de minces filets d'eau courant sur les nattes pour se rassembler en nappes stagnantes, les rayons de lumière sont captés, l'un ici, l'autre là, puis se propagent ténus, incertains et scintillants, tissant sur la trame de la nuit comme un damas fait de ces dessins à la poudre d'or." Publié pour la première fois en 1978 dans l'admirable traduction de René Sieffert, ce livre culte est une réflexion sur la conception japonaise du beau.
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Ce livre parle d'aujourd'hui, de nos asphyxies et de nos grands besoins d'air. Parce qu'une atmosphère assez irrespirable est en train de devenir notre milieu ordinaire.
Et l'on rêve plus que jamais de respirer : détoxiquer les sols, les ciels, les relations, le quotidien, souffler, respirer tout court.
Peut-être d'ailleurs qu'on ne parle que pour respirer, pour que ce soit respirable ou que ça le devienne. Il suffit de prononcer ce mot, « respirer », et déjà le dehors accourt, attiré, aspiré, espéré à l'appel de la langue. -
Fossiles
Laurence Potte-Bonneville
- Éditions Verdier
- Littérature Française
- 8 Janvier 2026
- 9782378562786
Voilà donc comment ça commence : dans la nuit de dimanche à lundi, un orage d'une rare violence a foudroyé le grand épicéa qui s'est abattu sur le toit de la maison, berceau de tant de souvenirs d'enfance, où Marie-Pierre se rend toutes affaires cessantes.
Sous la blessure du toit qui bée, la charpente menace de s'effondrer. Il va falloir déménager la phénoménale collection de fossiles de son père. Qu'est-ce qu'elle va bien pouvoir en faire ?
Dans le désarroi le plus complet, Marie-Pierre attend le passage de l'expert, empêtrée dans son indécision, tandis que l'observent du coin de l'oeil un chien couleur de rien surgi de nulle part et un apprenti charpentier fasciné par les vieilles poutres et par tous ces fossiles endormis dans leurs casiers. C'est juillet dans les Alpes et le Tour de France devrait traverser dans quelques jours ce village qui a décidément bien changé, avec son plan local d'urbanisme et sa boulangerie flambant neuve.
En tentant de classer les fossiles, Marie-Pierre découvre un petit pendentif en forme d'agneau, avec une étiquette soigneusement calligraphiée par son père : « Don de Grebon ». Grebon, cette clocharde de village qui déambulait sous son chapeau crasseux pour grappiller des framboises et chaparder des oeufs, faisait peur aux gamins et parlait à son chien que personne ne vit jamais. Marie-Pierre se souvient. Marie-Pierre rêve. Dans la grange, des ombres passent.
Entrelaçant les époques et les destins, le roman nous entraîne dans ses dénivelés, sur les traces de ces femmes, pas très solides, pas très puissantes, bergères ou vagabondes, qui disparaissent sans témoin. Il se déploie par-dessus les vallées pour nous ramener au désert de Platé, puisque c'est là que cette histoire commence, sur l'immense lapiaz calcaire créé par la dissolution des carbonates, là, au milieu des fleurs d'altitude, où rôdent les chiens, les souvenirs et les fantômes. On cherchera dans leur sillage les traces de ce qui subsiste quand tout s'est effacé, puisque l'écriture, somme toute, est aussi une géologie. -
« Je suis venu ici pour disparaître, dans ce hameau abandonné et désert dont je suis le seul habitant » : ainsi commence La Petite Lumière. C'est le récit d'un isolement, d'un dégagement mais aussi d'une immersion. Le lecteur, pris dans l'imminence d'une tempête annoncée mais qui tarde à venir, reste suspendu comme par enchantement parmi les éléments déchaînés du paysage qui s'offrent comme le symptôme des maux les plus déchirants de notre monde au moment de sa disparition possible.
L'espace fait signe par cette petite lumière que le narrateur perçoit tous les soirs et dont il décide d'aller chercher la source. Il part en quête de cette lueur et trouve, au terme d'un voyage dans une forêt animée, une petite maison où vit un enfant. Il parvient à établir un dialogue avec lui et une relation s'ébauche dans la correspondance parfaite des deux personnages. Cette correspondance offre au narrateur l'occasion d'un finale inattendu.
La petite lumière sera comme une luciole pour les lecteurs qui croient encore que la littérature est une entreprise dont la portée se mesure dans ses effets sur l'existence. -
Les voilà, encore une fois : Billaud, Carnot, Prieur, Prieur, Couthon, Robespierre, Collot, Barère, Lindet, Saint-Just, Saint-André.
Nous connaissons tous le célèbre tableau des Onze où est représenté le Comité de salut public qui, en 1794, instaura le gouvernement révolutionnaire de l'an II et la politique dite de Terreur.
Mais qui fut le commanditaire de cette oeuvre ?
À quelles conditions et à quelles fins fut-elle peinte par François-Élie Corentin, le Tiepolo de la Terreur ?
Mêlant fiction et histoire, Michon fait apparaître avec la puissance d'évocation qu'on lui connaît, les personnages de cette « cène révolutionnaire », selon l'expression de Michelet qui, à son tour, devient ici l'un des protagonistes du drame.
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Grands et petits fonctionnaires qui n'ont d'existence que par leurs fonctions, mégères castratrices ou femmes idéales sur papier glacé, figures d'hommes persuadés de " peser " sur la vie et le monde mais toujours en rivalité avec d'autres qui ont encore " plus de poids ", menteurs et arnaqueurs, parfois non dénués de talent, tels sont les personnages de Nikolaï Gogol.
Le décor de ses textes, car il s'agit bien d'un décor, n'est guère plus réjouissant : une métropole qui a poussé comme un champignon en un lieu insalubre et qui écrase l'individu, l'acculant à la mort ou à la folie ; un territoire immense, sorte de gigantesque fondrière dans laquelle il est aisé de s'enliser et pourtant traversée par un véhicule qui file à vive allure : où va-t-il ainsi ? Vers quoi ? Pas de réponse...
L'ensemble paraît dramatique, sinon désespéré. Or, le mot, la phrase de Gogol font rire. Rire absurde, grotesque, qui peut être méchant ou débonnaire. Sous la plume de l'écrivain, les perspectives s'inversent, le grand se fait insignifiant, l'insignifiant se fait grand, l'humanité se désincarne ou part en morceaux. Comme l'avait bien vu Nabokov, entre le comique et le cosmique il n'y a chez Gogol qu'une lettre de différence...
La traduction d'Anne Coldefy-Faucard parue en 2005, revue pour cette nouvelle édition, restitue le texte original dans son intégralité et en donne toute la saveur stylistique.
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Une histoire du vertige
Camille de Toledo
- Éditions Verdier
- Litterature Francaise
- 12 Janvier 2023
- 9782378561574
« Écoute, le sol se dérobe, les mots dérapent ; partout, nos appuis s'érodent. Nous vivons «au-dessus» du monde, dans des bulles d'histoires ; ce que nous voyons, au loin, depuis cette hauteur, c'est une Terre abîmée, épuisée. Nous entrons dans un temps vertigineux. Et moi, figure-toi, avec les livres qui m'ont accompagné, j'ai voulu saisir les formes de ce vertige. Comprendre cette guerre, ce combat, et cette blessure, entre les langages humains et les autres formes de la vie. ».
Une histoire du vertige, à sa façon unique, est un livre d'aventures. Il s'ouvre sur la cavale de Don Quichotte : cet être envoûté par la fiction, et qui nous ressemble tant. Et à partir de là, il tourne inlassablement autour d'une espèce : la nôtre, en se demandant comment nous détruisons nos appuis terrestres ? Fresque du temps présent, de nos vertiges face à la crise écologique et aux épreuves de la guerre, le livre s'adresse à un lecteur imaginaire : un ami, un frère ou une soeur, un compagnon. Il parle de nous, de notre perte d'équilibre, de notre sentiment que plus rien ne tient, que tout s'effondre ; mais en nous apprenant, petit à petit, à tenir dans le vertige. En nous reliant à un monde infini, beaucoup plus vaste, où les petits « Je » des modernes s'effacent. -
« Pourquoi est-ce que je finis toujours par trouver un travail, me disais-je, pourquoi est-ce qu'on ne me laisse pas tranquillement aller à la dérive ? Devenir clochard. C'était une des possibilités que j'envisageais. Que j'envisage encore. Mais je n'en ai pas le courage. Je me souviens de mon père, le policier Arturo, avec son uniforme toujours impeccable ; et de mon grand-père et de la dignité avec laquelle il portait ses habits de fête. Des absurdités qui ne me quittent jamais. L'origine est un habit avec lequel on n'en finit jamais. »
Works ? Le travail comme condamnation et perdition, le travail qui s'inscrit dans l'âme et dans le corps : le travail comme ce qui fait et qui défait la vie. Dans un style aussi original qu'un classique de jazz, fait de précision hallucinée, de liberté de ton et de profondeur sans cynisme, Vitaliano Trevisan raconte le travail dans ce lieu où il est une religion : le Nord-Est italien, des années 1970 aux années 1990. C'est qu'il aura fait mille genres de travail, tant de jobs, tant de works.
À travers le prisme de la vie au travail, Trevisan explore non seulement les mutations de l'Italie, ses modernisations mensongères (celles dont Berlusconi fut à la fois l'effet et la cause), mais aussi sa propre vie?: l'échec de l'amour, les mécanismes de pouvoir à l'oeuvre dans toute relation, l'histoire de sa propre famille et de toutes les familles, qui est toujours une « histoire d'argent ».
Cette édition se clôt par « Là où tout a commencé », texte écrit par l'auteur en 2021, considéré comme son testament littéraire. -
Une mère nous parle de ses deux filles, qu'elle voit amples comme des villes en expansion. La première est déjà là quand le récit commence, la seconde naîtra bientôt, après la perte d'un autre enfant lors d'une fausse couche. Ici, la temporalité de la maternité domine : celle de grossesses compliquées, d'hôpitaux et de services des urgences, la temporalité d'un corps qui produit, parfois sans qu'on le veuille, la temporalité de la naissance, celle des soins, ou des désirs trop souvent empêchés.
Mais d'autres réalités existent aussi, se faufilent et tentent de prendre leur place : un manuscrit qui intéresse un éditeur, des confinements, qui ne changent pas grand-chose lorsqu'on doit rester alitée, la catastrophe environnementale qui se déploie, gigantesque, et fait songer à la fin du monde que l'humanité a cru vivre en 1815 quand l'éruption du volcan Tambora plongea une partie de la Terre dans le froid et l'obscurité.
Hélène Laurain écrit avec cela, et écrit tout cela, avec crudité parfois. Son livre conjugue récit, réflexions et poésie, et nous emmène à la rencontre d'un monde incertain. -
Dans ce récit écrit sans artifices, tönle, berger du plateau d'asiago, à la frontière du royaume d'italie et de l'empire austro-hongrois, doit, pour survivre et nourrir sa famille, se faire contrebandier, soldat, mineur en styrie, colporteur d'estampes jusqu'aux carpates, jardinier à prague, gardien de chevaux en hongrie.
Mais pour ce solitaire anarchisant, le monde finit avec la première guerre mondiale, quand le plateau se transforme en un champ de bataille oú il erre obstinément en compagnie de ses moutons. c'est avec eux qu'il repassera la frontière, prisonnier civil sur ces terres oú il fut libre. il mourra au pied du plateau. les romans de mario rigoni stern (1921-2008) sont devenus en italie comme en france des classiques.
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Un jour où, comme à l'accoutumée, il mène glander les porcs à travers la chênaie, un jeune paysan voit un carrosse s'arrêter dans le chemin. Une fille très parée en descend et trousse haut ses jupes sous les yeux stupéfaits de l'enfant caché dans les fougères.
Cette apparition éblouissante, la chair blanche et les dentelles, le pouvoir qu'ont les puissants de jouir avec arrogance du luxe et de la beauté, il va désirer les faire siens.
Arraché à sa condition, il restera pendant vingt ans au service du peintre Claude le Lorrain. Mais la peinture n'aura pas su le faire prince et combler ses espérances.
C'est, pour finir, au coeur des bois qu'il se taille son royaume, un royaume sans illusions, simple et noir, fait de jouissances immédiates et d'un dépit triomphant qui fait résonner dans l'ultime phrase du livre ses accents diaboliques : « Maudissez le monde, il vous le rend bien. » -
Varlam Chalamov a passé dix-sept ans de sa vie (de 1937 à 1954) au Goulag, à la Kolyma, une presqu'île de l'est de la Sibérie. Dans les récits qu'il en rapporte, le texte est avant tout matière : il est corps, pain, sépulture. À l'inverse, la matière du camp, les objets, la nature, le corps des détenus, sont en eux-mêmes un texte, car le réel s'inscrit en eux.
Le camp aura servi à l'écrivain de laboratoire pour capter la langue des choses. Il est, dit Chalamov, une école négative de la vie. Aucun homme ne devrait voir ce qui s'y passe, ni même le savoir. Il s'agit en fait d'une connaissance essentielle, une connaissance de l'être, de l'état ultime de l'homme, mais acquise à un prix trop élevé. C'est un savoir que l'art, désormais, ne saurait éluder. -
En 1925, Albert Londres réunissait une série d'articles décrivant le quotidien des asiles psychiatriques.
Cent ans plus tard, le paysage a bien changé. Des progrès considérables ont été accomplis et ont permis à la psychiatrie de devenir une discipline authentiquement thérapeutique. Hélas, après une période faste allant des années cinquante à la fin du xxe siècle, la psychiatrie publique aujourd'hui désargentée et sursollicitée se replie sur une logique sécuritaire et une désolante vision biomédicale des troubles mentaux. Face à elle, les établissements privés prospèrent, mais la logique financière y concurrence la mission sanitaire d'une façon préoccupante.
Ce dispositif laisse à l'abandon de nombreux malades, pas assez solvables pour être soignés en clinique privée, pas assez dangereux pour relever de l'hôpital public.
Un tel scandale n'a pourtant rien d'inéluctable. -
47 % des vertébrés disparus en dix ans : faut qu'on se refasse une cabane, mais avec des idées au lieu de branches de saule, des images à la place de lièvres géants, des histoires à la place des choses.
Olivier Cadiot Il faut faire des cabanes en effet, pas pour tourner le dos aux conditions du monde présent, retrouver des fables d'enfance ou vivre de peu ;
Mais pour braver ce monde, pour l'habiter autrement, pour l'élargir.
Marielle Macé les explore, les traverse, en invente à son tour. Cabanes élevées sur les ZAD, sur les places. Cabanes bâties dans l'écoute renouvelée de la nature, dans l'élargissement résolu du « parlement » des vivants, dans l'imagination d'autres façons de dire « nous ». Cabanes de pensées et de phrases, qui ne sauraient réparer la violence faite aux vies, mais qui y répliquent en réclamant très matériellement un autre monde, qu'elles appellent à elles et que déjà elles prouvent.
Marielle Macé est née en 1973. Ses livres prennent la littérature pour alliée dans la compréhen- sion de la vie commune. Ils font des manières d'être et des façons de faire l'arène même de nos disputes et de nos engagements.
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Il y a d'un côté le colosse unijambiste et alcoolique, et tout ce qui va avec : violence conjugale, comportement irrationnel, tragicomédie du quotidien, un « gros déglingo », dit sa fille, la narratrice, un vrai punk avant l'heure. Il y a de l'autre le lecteur autodidacte de spiritualité orientale, à la sensibilité artistique empêchée, déposant chaque soir un tendre baiser sur le portrait pixellisé de feu son épouse. Mon père, dit sa fille, qu'elle seule semble voir sous les apparences du premier. Il y a enfin une maison, à Carrières-sous- Poissy et un monde anciennement rural et ouvrier.
De cette maison, il va bien falloir faire quelque chose à la mort de ce Janus, gaillard fragile à double face.
Capharnaüm invraisemblable, caverne d'Ali-Baba, la maison délabrée devient un réseau infini de signes et de souvenirs pour sa fille qui décide de trier méthodiquement ses affaires. Comment déceler une cohérence dans ce chaos ? Que disent d'un père ces recueils de haïkus, auxquels des feuilles d'érable ou de papier hygiénique font office de marque-page ?
Et puis, un jour, comme venue du passé et parlant d'outre-tombe, une lettre arrive, qui dit toute la vérité sur ce père aimé auquel, malgré la distance sociale, sa fille ressemble tant. -
Au commencement, les « marches » de Kandinsky plongent dans les eaux sombres d'un bref séjour d'enfance à Venise, dans le noir de l'inconscient de la peinture. À la toute fin, elles s'élancent vers la vie immatérielle, s'élevant vers la joie d'un art spirituel, absolu. Entre-temps, d'autres escaliers mènent à l'éblouissement rouge des toits de Bavière, la peinture prend vie et court sur la palette, le crépuscule dépose son glacis sur une toile renversée et invente l'abstraction, le souvenir de Moscou brûle de mille feux.
À la fois plaidoyer pour l'abstraction, récit éclaté d'une vie de peintre éternellement en exil, découverte émerveillée de la puissance de l'art, ce texte autobiographique est écrit dans une prose étincelante, qui fait appel aux sensations et aux impressions les plus primitives.
Kandinsky le publia d'abord en allemand en 1913, puis en russe, sa langue maternelle, en 1918. C'est de cette dernière version que nous proposons ici une traduction inédite, suivie d'une postface qui en donne une lecture rapprochée.